Les Images racontent des histoires. Éléments de séries qui appellent d'autres commentaires, d'autres pistes. Instants parfois anciens, montrés avec du temps, avec l'envie seulement de parler du temps qui passe. Et puis des mots écrits et montrés, des expériences. Le temps, même aujourd'hui, à la seconde, là, il passe quand même, il fait récit. Il n'y a pas de nostalgie possible. Cette curieuse envie d'une urgence à prendre son temps pour, aujourd'hui même, regarder. JLK

lundi 20 février 2017

Ceci n'est pas une planète


Ceci n'est pas une planète
C'est le regard que j'ai sur elle.
Paradoxe de cette lumière, jamais aussi vive que ce soir.
Rapprochement incommensurable à cette vitesse-là : plus d'un million de kilomètres par jour. Tous les jours, ce que je regarde ici, en ce moment de la nuit tombée, est moins vieux de quatre secondes. Cela va durer encore un peu plus d'un mois. Alors la planète sera environ à deux minutes et vingt secondes du regard. Et puis le cycle de l'éloignement recommencera jusqu'à sa conjonction supérieure, quand la planète sera au plus loin, à presque un quart d'heure de lumière.
Paradoxe de ce rapprochement que d'être peu à peu moins visible à partir de ce soir. Comme si ce mouvement vers ici n'était rien d'autre que de l'éloignement malgré tout, cachant peu à peu son dernier croissant pour s'en éteindre assez au moment du plus proche, dans un peu plus d'un mois. Et ainsi repartir.

Vénus, vers la conjonction inférieure, 20170219

samedi 24 décembre 2016

Trouver l'autre berge


Marcher le long de la Loire.
Souvent.
Pas assez.

Ce jour-là, presque rien que ce gris tout autour. Marcher et s'appuyer là au bord. L'endroit où la rambarde.
Garde-corps. Garder son corps jusque là, avoir marché le long.
A peine visible en face, le trait troublé de la rive gauche.

Ici dans l'estuaire, l'eau est toujours trouble.
Le bouchon vaseux qu'ils disent, qui va et  qui vient, qui revient, qui va. Ce mouvement permanent à peine arrêté d'un sens ou de l'autre toutes les six heures à peu près. Cet à peu près qui décale le temps du rythme du marnage.
Rythme décalé de la lune au soleil.
Ici la Loire large de l'estuaire, commencé déjà en amont. Cela commence au-delà de Nantes. A Ancenis même on peut la sentir, à peine mais quand même la sentir, la marée, quand elle est forte sur la côte.
A Nantes, c'est de plusieurs mètres tous les jours que cela joue. Quand le bouchon remonte au soleil des beaux jours, le trouble de la couleur de fond d'eau n'arrive pourtant pas à effacer l'éclat d'argent des surfaces. Et quand il y a du vent, les vagues sont là comme en mer à parfois même moutonner sous les rafales.
Alors l'éclat se défait en mille autres.

Ce jour-là, tout se ressemble en un.
Le brouillard encore assez épais, ce trait de rive au loin à peine ébauché, les sons éteints. Ce tout gris dans lequel tu marches.
Et tu t'appuies au corps métallique qui te garde de l'eau en plus bas.
Ce tout gris d'abord silencieux. Un peu de temps à voir le fleuve, à voir comme le fleuve bouge. Pas de vent donc puisque la brume. Le fleuve plat, à peine esquissé d'un trait de bois mort à flotter au milieu.
Celui-ci finira bien par y arriver là-bas vers la mer.
A moins qu'il ne prenne un biais vers les bords d'eaux, à s'accrocher aux herbes hautes, un rocher ou une autre branche déjà là, déjà prise.

Mais alors à peine un mouvement que ce glissement si discret.
Le gris t'entoure.
Il y a du silence.


Photographie numérique. Samsung S6. 11 décembre 2016

samedi 10 décembre 2016

Ceci n'est pas une lune

Ceci n'est pas une lune
c'est le regard que j'ai sur elle
un temps de pose
finalement très court
force de la lumière
parce que soir-là
à bien la regarder
ce n'était pas tant la lune au périgée
un peu plus grosse peut-être qu'à l'habitude
que je voulais voir
ce que je voulais voir
mais plutôt toute la lumière du monde
ce que fait le soleil à réfléchir ainsi
sur tout ce qui l'entoure
ce que fait la lumière à réfléchir
sur les corps
célestes
les corps
mais ici aussi les corps
tous les corps réfléchis.

Ce 13 novembre là il était 21h20 environ.
Un an avant très exactement commençait
recommençait pour nous tous
ce qui fait que souvent le monde est horreur.

Ceci n'est donc pas une lune
ce qui en fait l'image
juste ce qui soir-là m'aidait à réfléchir

Photographie numérique, Pentax K20D, 1/250 à 16,
Couëron, 13 novembre 2016.

dimanche 2 octobre 2016

La Condition Publique « Entre-deux », 2003-2004















 La Condition Publique « Entre-deux », 2003-2004

De la prairie sur le toit en l’état à l’avancée sous la verrière de Patrick Bouchain, son architecte, à la fin du chantier, dix moments de la vie de la Condition Publique dans ses transformations en 2003 et 2004. Un « entre-deux », entre la vie un temps abandonnée du conditionnement de la soie et de la laine et la vie retrouvée du centre culturel  alors en devenir : temps de la réhabilitation et de l’invention,  invention du chantier, du programme et des espaces construits, destruction et reconstruction, respect d’éléments anciens connus ou redécouverts, jusqu’à ces herbes folles en jardin suspendu.
Photographie ou histoire : ce qu’est l’entre-deux, entre récit , spatialité et usage, comme une pause nécessaire dans le temps qui passe, à un moment donné, à un endroit  donné.
Clin d’œil spécial à certains d’alors, parfois recroisés depuis : Patrick Bouchain, Manu Baron, Jean-François Boudailliez, Nicole Concordet, Pascale Debrock, Loïc julienne, Liliana Motta.

Exposition, Roubaix, septembre 2016, La Condition Publique, octobre 2016, avec Phoebe Dingwall , La Plus petite galerie au Monde (ou presque).
Remerciements appuyés à Marthe Mutte et Gwen Lobry, Fabien Hollebecque, Jean-Christophe Levassor et Luc Hossepied.

Jean-Louis Kerouanton. Tirages numériques sur dibon, d’après négatifs argentiques noir et blanc, 50x50

Les Entre-deux dans Images en stock

lundi 7 mars 2016

L'annonce de la mort


Se demander souvent ce qu'est la mémoire. Parler des disparus, en garder mémoire. S'interroger toujours après leur mort de ce qui s'en garde. Parfois les maisons se vident après, sont transformées, vivent de leur nouvelle vie. Ce qui reste fera-t-il toujours mémoire de leurs objets, de leurs espaces, de leurs échanges ? Mais comment savoir ce qui se passait alors vraiment ? Tenir cet entre-deux de la mémoire et des transformations qui suivent. Savoir ce qui des lieux défie le temps.
Retour sur une image à Oudon, 2009

Oudon, Mamiya, argentique 6x6 NB, 2009

samedi 9 janvier 2016

vendredi 25 décembre 2015

Ne pas avoir peur à Noël

Facebook 24 décembre

Ne pas avoir peur à Noël
Pour certains cette nuit, ce sera ne pas avoir peur à cause de la naissance rappelée d'un petit d'homme. Ne pas avoir peur à cause de ce message donné voilà longtemps de quelque chose qui serait du partage et de l'universel. Cela n'a pas été facile, ni court. Cela a donné aussi beaucoup d'erreurs et de folies mais quelque chose de ce qui a été dit brille malgré tout et offre à beaucoup cette façon de ne pas avoir peur.
Ne pas avoir peur dans cet universel c'est pour d'autres tout ce qui fait ces valeurs du partage et de l'universel qui n'aurait pas besoin d'un petit d'homme en repère mais qu'on aime toujours, de ce grand mot par exemple : internationale. Pour ceux-là non plus rien n'a été simple ni rapide et bien des erreurs et beaucoup de folies aussi... Mais pourtant tant de femmes et d'hommes réunies autour de cette façon de ne pas avoir peur.
Ce ne sont pas les mêmes choses mais à y bien regarder ce qui se pourrait tramer de l'universel et du partage parfois s'y rencontre et se croise.
Il y a plusieurs façons de ne pas avoir peur. Il y a plusieurs facons d'être ensemble mais différents mais sans peur parce que différents mais sans peur parce que certains tout de même de se pouvoir réunir mais sans peur autour de cette certitude que ce soir, de ce côté ci de la terre, tout le monde commence à fêter les jours qui doucement commencent d'allonger.
Alors ne pas avoir peur.
Ce retour de la lumière est plus qu'un principe et qu'un symbole. Plus même que ces ces principes et ces symboles qui font et doivent pourtant faire intangiblement ce qui nous a construit ensemble, cet ensemble là qui fait corps social, culture, société, république et même parfois ce soir pour certains religion de lumière. Puisque demain le jour aura gagné avec certitude de ce côté du monde sur tout, sans que les obscurs n'y puissent...
Alors pour ne pas avoir peur ce soir, je voudrais sur mes papiers pouvoir dire ce partage et cet universel, je voudrais avoir toutes les nationalités qui soient, et ne jamais m'en défaire, parce je ne veux pas avoir peur demain et les autres jours, jamais peur
Joyeux Noël à tous.

instants sombres ou réfléchis

samedi 5 décembre 2015

Tableaux fantomes (suite). Transposition, proposition : Paysages et animaux


 

Paysage et animaux
Jean-Baptiste BARRE, Nantes 1807 - Rennes 1877
Huile sur toile, h. 228 mm, l. 308 mm
Cadre doré
n° 2998

Des animaux divers sont dans une vaste prairie  dont l'herbe est sèche et courte.
Au premier plan un cheval gris vu par derrière tond ce qui reste d'herbe pendant qu'un autre à poil bai et vu de profil se tient devant lui à droite du tableau.
De l'autre côté une vache d'un blanc fauve, vue de dos, est couchée devant une rousse qui est debout et regarde le spectateur ; puis entre celle-ci et le cheval gris deux moutons et un agneau sont également couchés.
Plus loin on voit huit autres vaches dispersées ainsi qu'une maison à toit rouge entourée d'arbres et, plus loin encore, un clocher de village et des arbres se détachant sur un ciel à grands nuages et très bleu en haut.
L'horizon fort bas s'aperçoit entre les jambes des animaux et les ombres projetées par ceux-ci font deviner que le soleil est à son déclin.
Signé en noir à gauche et en bas : Barré 1828


Paysage et animaux, 7/01-13/11
Jean-Louis KEROUANTON, Niort 1961 -Nantes pour l’instant
Photographie, h. 228 mm, l. 308 mm
[pneumatophores, cyprès chauves – taxodium distichum, des bords du Havre à Oudon, 2015]


Des personnages divers sont dans une vaste prairie dont l'herbe est humide et courte.
Au premier plan un gris vu par derrière voit ce qui reste d'herbe sous le sang pendant qu'un autre en noir vu de profil se tient devant lui à droite du tableau.
De l'autre côté une femme fauve, vue de dos, est couchée devant une rousse qui est debout et regarde les victimes ; puis entre celle-ci et le gris deux soldats et un prisonnier sont également couchés.
Plus loin on en voit huit autres et plus encore dispersés ainsi que la fin des champs rougis avant les arbres et, plus loin encore, des arbres se détachant sur un ciel nuageux et très gris en haut.
L'horizon bouché s'aperçoit au-delà des fantômes et des ombres. Ce qui s’est projeté fait deviner que le soleil est à son déclin.

vendredi 4 décembre 2015

Tableaux fantômes. Intention, réponse, mise en oeuvre



INTENTION

MARS 1918, les obus anglais pleuvent sur Bailleul. La ville, située à l'arrière du front d'Ypres, tout juste prise par les Allemands, est anéantie. Parmi les gravats, ceux du musée Benoît De-Puydt. 80% des collections sont perdues, détruites ou dispersées. Dès 1919, dans la ville en reconstruction, le musée reconstitue lentement ses collections.
DANS LES ANNÉES 1990, Laurent Guillot, conservateur de 1989 à 2000, retrouve des carnets de son confrère, Edouard Zwynghedauw, conservateur jusqu'en 1912 ; il a méticuleusement décrit les 7500 tableaux de ''son'' musée.
EN 2013, le musée présente 31 tableaux-fantômes du leg Hans dans une salle du premier étage. Les œuvres de Pharaon Dewinter, Fantin-Latour et autres ne sont plus que quelques lignes poétiques présentées dans le format de la toile disparue. Nostalgie !
DE 2014 À 2018, proposition est faite à des artistes d'aujourd'hui de réinterpréter ces tableaux-fantômes à partir de la description d'Edouard Zynghedauw. Renaissance !
LUC HOSSEPIED [ la plus petite galerie au monde (ou presque), Roubaix ]

 RÉPONSE

19/092015

[en réponse à une invitation ferme et sérieuse, même si la table à Roubaix était belle et joyeuse en ce début septembre. Je récupérais enfin ce soir là mes quatre photographies de la Condition Publique en travaux, exposées à la PPGM l'année dernière]

Cher Luc
Les quelques jours de réflexion étant passés, je te prie de recevoir mon acceptation, ou ma candidature comme tu l'entendras, à ce superbe projet autour des "tableaux fantômes" du Musée Benoit-De-Puydt de Bailleul. Tu connais le photographe, l'historien aussi, peut-être un peu moins le joueur de mots et de poésie en vidéo que j'essaie d'être parfois. Je me dis qu'il y a en effet matière à faire tout cela, sans encore  avoir tout à fait d'idée définitive bien entendu sur la forme nécessaire.
J'ai trouvé le premier dossier de presse en ligne, quelques articles, la  photo du mur où sont les légendes de l'inventaire d'Edouard Swynghedauw accrochées aux cimaises, une vidéo forte et troublante de l'incendie et de la chute...

Il y a beaucoup à penser, à dire et à montrer de cette tension entre la disparition , les œuvres elles-mêmes, leurs "fantômes", les différents niveaux de représentation, dont l'histoire-même a commencé lors  de la rédaction scrupuleuse de l'inventaire par un conservateur talentueux.
C'est en soi déjà un très beau sujet d'histoire et d'histoire de l'art. Tu as su en voir avec d'autres la force poétique. Il y a donc beaucoup à  penser, à dire et à montrer de cette possibilité contemporaine d'en faire non seulement une renaissance mais surtout une projection et du sens.

Je serai vraiment fier de participer à la prochaine étape si tu (vous) le souhaite(z)
A très vite
Bises
Jean-Louis

MISE EN OEUVRE

Penser la photographie, aller la faire en n’étant pas encore tout à fait fixé sur le tableau élu. Pour la première fois, sentir cette série d’images à faire en fonction d’un cahier des charges qui donnerait à la fois mémoire d’une œuvre et d’un lieu et projet pour nos jours. Entre les deux la destruction et l’oubli, la violence et la mort, jusque précisément en nos jours, puis ce qui ne doit pas être oublié de la culture et de la beauté données tous ces temps.

Chercher un peu ailleurs, se demander comment faire. Envisager un moment autre chose autour du texte. Trouver en ligne cette liste officielle des mémoriaux de toutes les guerres. Se proposer de passer des tableaux fantômes à ce tableau des fantômes. Puis revenir à l’image seule, pour ce moment-ci. Savoir cependant, parce que moi-même souvent : cela sera du paysage.

Alors à lire les notices de Swynghedauw, repérer une lande et puis un autre paysage, d’un nantais celui-ci. Creuser cette idée commune des ombres et des lumières, des herbes et du ruisseau, de l’horizon plus ou moins fort, d’un paysage plus ou moins habité, plus ou moins paisible.

Donc, parce depuis longtemps arpenté, venir à Oudon aux bords du Havre. Ce lieu dit tout cela des ombres et des lumières. Penser à ces arbres et à l’étang à côté. Plein automne, barrières ouvertes, les vaches ne sont plus là. En face un pécheur avance doucement, quelques poules d’eau, un cormoran qui pèche. S’arrêter au pourpre des cyprès chauves et voir le tableau, désormais choisi.

Mais si la mort donnée de quelle paix parle-t-on ?
Le Havre à Oudon, havre de paix mais où donc ?
Paysages et animaux

Jean-Louis Kerouanton, 13/11/2015 et tout autour